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À la défense des personnes « allergiques » aux produits chimiques
 
Très présente dans les édifices et transports publics au Canada anglais, la tendance « sans parfum » gagne du terrain au Québec. Les parfums, lotion après-rasage et pour les mains, fixatifs et autres produits parfumés « contiennent des produits chimiques qui causent des problèmes graves à beaucoup de gens, surtout aux personnes qui souffrent d’asthme, d’allergies ou de maladies liées à l’environnement, » explique l’Institut thoracique de Montréal dans une affiche. L’exposition aux parfums peut notamment déclencher migraines, confusion, douleurs musculaires et crises d’asthme, confirme l’Association pulmonaire canadienne. Dans un article sur l’étiquette dans une salle de spectacles publié dans son magazine, la Place des arts de Montréal insistait sur l’importance de se parfumer de façon parcimonieuse, pour ne pas incommoder les personnes allergiques.

Depuis les années 1980, le taux d’allergies a triplé et l’asthme infantile a quadruplé, selon Statistique Canada. « Est-ce la rançon d’un monde saturé de produits tels qu’assainisseurs d’air, parfums et produits nettoyants à odeur forte?», demandait dans une lettre adressée en janvier au ministre de la Santé Philippe Couillard, l’ancienne ministre péquiste Pauline Marois. Celle-ci lui demandait s’il était possible d’envisager l’adoption d’une politique « sans parfum » dans les établissements de santé pour protéger les gens allergiques, asthmatiques et hypersensibles. La Corporation d’hébergement du Québec, qui gère ces établissements, devrait d’ailleurs en parler cet automne dans son premier guide sur la qualité de l’air.
 
L’hypersensibilité chimique
Une décision qui plaira à une nouvelle association qui demande aux gouvernements de reconnaître l’urgence de contrer l’hypersensibilité aux produits chimiques, le syndrome de fibromyalgie et le syndrome de fatigue chronique, regroupés sous le terme « maladies environnementales ». « Nous sommes très préoccupés par l’augmentation épidémique et pourtant évitable des maladies causées par l’accumulation de produits chimiques courants, dont plusieurs neurotoxiques, dans l’environnement et le corps humain », explique Michel Gaudet, président de l’Association pour la santé environnementale, les hypersensibilités et les allergies du Québec (AEHAQ).
 
Entre 12 et 15 % de la population des pays industrialisés est hypersensible aux produits chimiques, selon une étude publiée l’année dernière dans le très sérieux journal scientifique Environmental Health Perspectives, du ministère de la Santé américain. Selon le même article, l’hypersensibilité est parfois si aiguë qu’elle a entraîné la perte d’emploi chez 1,8 % de la population, soit 5,2 millions d’Américains. On parle alors d’hypersensibilité chimique multiple ou de polytoxicosensibilité, maladie qui exige un changement de vie complet car elle provoque des handicaps graves affectant plusieurs organes, explique Michel Gaudet.« Étant donné que les symptômes sont souvent mal interprétés par le corps médical et qu’il n’y a pas de centres de traitement au Québec, ceux qui souffrent de maladies environnementales ne sont pas respectés dans leurs besoins essentiels. La plupart du temps, la maladie entraîne une perte d’emploi, de logement et parfois la rupture avec des membres de la famille qui ne comprennent pas la maladie. Il y a eu des suicides dans des cas désespérés. »
 
Causes et traitements
L’hypersensibilité chimique multiple elle est souvent déclenchée par une surexposition aux pesticides ou aux solvants. Le vase déborde : le corps n’arrive plus à se désintoxiquer. « Cette maladie est chronique et la plupart des patients ne tolèrent pas les médicaments synthétiques », explique le Dr Roy Fox, directeur du Centre de santé environnementale de la Nouvelle-Écosse, à Halifax, premier et seul centre médical public au pays bâti pour la recherche et le traitement de cette maladie. La majorité des patients du Centre sont soulagés et réintègrent le marché du travail grâce à la désintoxication qu’on y offre : air pur, eau pure, aliments bio, sauna, exercice, vitamines, minéraux, thérapie crânio-sacrale, etc.

Pour empêcher que d’autres citoyens ne soient chimiquement blessés, l’AEHAQ demande aux gouvernements de reconnaître formellement l’incapacité causée par les maladies environnementales, d’établir des centres de recherche et de traitement, d’assurer l’hébergement sécuritaire dans les hôpitaux, de favoriser la construction et la rénovation de logements sains et de refuges d’urgence, et d’offrir de l’aide financière aux personnes atteintes.
 
 
Source :
Denise Proulx et André Fauteux
La Maison du 21e siècle, automne 2004

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