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LE PRINCIPE DU COBAYE
L'industrie
chimique teste ses produits, sur la population. En
cas de problème, il refile la facture aux
gouvernements.
Des lois toxiques
En réalité, les
prouesses du génie chimique tiennent en un chiffre:
75000, soit le nombre des substances créées
en Amérique du Nord durant la révolution chimique
des cinquante dernières années.
Or, de nombreuses
études scientifiques et maintes enquêtes
journalistiques ne cessent de répéter que
l'innocuité de la plupart de ces substances n'a
jamais été clairement établie. Et la recherche
toute récente les a retrouvées par centaines dans
nos corps.
Ces substances ne
sont pas anodines. Elles sont reliées par la
recherche à la majorité des troubles chroniques qui
ont remplacé les maladies infectieuses au premier
rang des causes de décès. Sept décès sur dix sont
aujourd'hui causés par les troubles chroniques,
troubles que les systèmes de santé des pays
industrialisés se ruinent à tenter de soigner.
On a déjà vu la
médecine moderne être radicalement transformée par
les succès de la chirurgie puis des antibiotiques.
Une troisième vague de la médecine est aujourd'hui
devenue indispensable pour vaincre les troubles
chroniques omniprésents: l'écosanté - la protection
du corps contre les pollutions chimiques dans
l'environnement qui le contaminent jusqu'à le rendre
malade.
Trois cents millions de paranoïaques
Le simple bon sens
nous dit qu'une substance que l'on considère à
risque ne devrait jamais être utilisée avant que son
fabricant ait clairement démontré son innocuité.
Même chose pour les substances qui n'ont pas encore
fait l'objet de suffisamment de tests. Il s'agit là
de précautions élémentaires et évidentes.
Pourtant, une étude
attentive de la question oblige à conclure que bon
sens et précaution ne sont ni des évidences ni des
priorités pour l'industrie chimique nord-américaine
et nos gouvernements. Avant d'agir, les
gouvernements attendent d'avoir des preuves en béton
sur la nocivité d'une substance. La possibilité ou
la probabilité ne suffisent pas. Pire, la loi est
ainsi faite que le fardeau de la preuve repose sur
les chercheurs, indépendants ou gouvernementaux,
sous financés face à l'immensité de la tâche:
l'étude typique se termine avec le vœu, pieux, de
voir des recherches supplémentaires terminer la
tâche. Avec la multiplication des substances depuis
cinquante ans, un retard impossible à rattraper a
été pris dans l'évaluation de la sécurité des
produits utilisés un peu partout. De l'avis d'un
nombre croissant de chercheurs, notre santé en fait
les frais.
Pareilles
affirmations semblent à première vue inspirées par
une sorte de paranoïa. Pourtant la Communauté
européenne les prend suffisamment au sérieux pour
avoir décidé, en octobre 2003, de réévaluer chacune
des 30 000 substances dont le volume utilisé
annuellement dépasse les 1000 kg. On parle ici du
fonds de commerce de l'industrie. Ces substances se
retrouvent dans la majeure partie des produits de
consommation courante. Accepter ces affirmations
nous range donc dans le camp des 300 millions
d'Européens qui y croient. Ce qui commence à faire
beaucoup de «paranoïaques». Pouvons-nous penser
qu'il y a quelque chose qui ne tourne pas rond au
royaume de l'industrie chimique nord-américaine? Et
que le temps est venu d'en parler?
Les substances
découvertes depuis l'après-guerre ont été utilisées
dès leur création afin de profiter sans tarder de la
commodité qu'elles offraient et du profit qu'elles
généraient. Dans ce contexte, il était hors de
question de s'interroger sur leur sécurité ou même
de spéculer sur les éventuels effets sur la santé et
l'environnement. Si bien que certaines substances
ont été si peu étudiées qu'il n'existe même pas
d'information publique sur leur origine.
On commence tout
juste à étudier le danger posé à long terme par les
quantités minimales des substances chimiques
trouvées dans les corps. Et on n'a pas encore
commencé à étudier l'impact du croisement et de
l'accumulation des multiples combinaisons de
substances sur les mécanismes délicats du corps.
Mais rien de tout cela n'arrête la création de,
nouvelles substances.
La méfiance de la
population envers les produits chimiques vient de ce
qu'elle se trouve aujourd'hui plongée dans une soupe
de milliers de substances dont on est en train
d'étudier les risques à ses dépens. Or personne n'a
signé de contrat pour participer, au prix de sa
santé, à l'étude de ces substances parfois à tout le
moins douteuses... L'industrie nord-américaine
s'entête à fonctionner selon le principe du cobaye
alors qu'au même moment la Communauté européenne
fait le choix du principe de précaution.
Source : Geet
Éthier, Marc. Zero toxique, Montréal, Trécarré,
2005.
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