- De plus en
plus de bébés victimes de contamination
- CHARLES CÔTÉ -
La Presse, 15 juillet 2005
-
- L’exposition aux centaines de produits toxiques
fabriqués par l’industrie chimique commence, chez
l’enfant à naître, dans l’utérus, selon les
résultats d’une étude américaine dont l’impact
médiatique et politique dépassait déjà grandement
hier l’importance scientifique.
-
- En danger avant la naissance
- À la demande de l’Environmental Working Group (EWG),
groupe écologiste, deux laboratoires ont détecté au
total 287 produits chimiques dans des échantillons
de sang de cordon ombilical. De ces produits, 180
sont cancérigènes, 217 sont neurotoxiques et 208
peuvent causer des malformations congénitales.
-
- Les produits font partie de neuf grandes
familles chimiques, comme les pesticides
organochlorés, les dioxines et furannes, les
biphénvles polychlorés (BPC), les biphényles
polybromés (PBDE) et les produits perfluorés, comme
le Téflon.
-
- La recherche a porté sur 10 échantillons choisis
au hasard dans la banque de la Croix-Rouge. C’est
peu, mais les résultats ont été publiés accompagnés
d’une lettre d’appui de 10 pédiatres éminents.
Plusieurs politiciens américains en ont profité pour
demander une réglementation beaucoup plus sévère de
l’industrie chimique. La nouvelle était parmi les
plus lues, hier, sur Internet.
-
- Bien que basée sur un faible échantillonnage, la
recherche d’EWG va dans le sens de plusieurs autres
études, dont certaines réalisées au Québec. Cette
recherche, comme d’autres avant elle, souligne
surtout le manque total de données toxicologiques
sur les dizaines de milliers de produits chimiques
inventés et mis sur le marché depuis 60 ans. « Pour
moi, ce n’est pas nouveau, dit le Dr. Éric Dewailly,
de l’Institut national de santé publique du Québec.
Ils ont fait10 échantillons de sang de cordon et
j’en ai fait 3000 au Québec depuis 10 ans.
Pratiquement tout se passe de la mère au bébé. »
-
- Ce qui est nouveau, c’est l’augmentation
fulgurante des capacités techniques de détection des
produits chimiques, dit-il. « Les appareils sont
devenus très puissants : c’est comme détecter une
banane entre la terre et la lune. Dit-il. Ils ont
trouvé 300 produits, mais ils auraient pu en trouver
1500. »
-
- Le Dr. Dewailly est un pionnier de la
toxicologie au Québec. C’est lui qui a effectué les
premières recherches sur la contamination chez les
Inuits, et il a publié de nombreuses études,
notamment sur la contamination chimique du lait
maternel au Québec.
-
- Un danger inconnu
- Si les capacités de détection explosent, les
connaissances sur la toxicité des produits chimiques
piétinent, dit-il. « On croule sous l’ampleur de la
tâche. Nos outils d’évaluation de risque ne sont
plus à la hauteur. On n’a aucune idée de la toxicité
de la plupart de ces produits. On est dans un
cul-de-sac. »
-
- La tâche est d’autant plus ardue qu’il est
impossible d’étudier les interactions entre tous ces
produits. « On a un résultat qu’on n’est pas capable
d’interpréter, dit-il. Ces produits agissent
ensemble comme un mélange complexe. »
-
- Il ne croit pas pour autant que la présence des
produits soit nécessairement néfaste. « Ce serait
mieux s’il n’y avait rien, bien sûr, mais il faut se
demander s’ils sont toxiques aux doses observées,
dit-il.
-
- Les premières générations à être massivement
exposées
- Quoi qu’il en soit, de telles études et
l’incertitude qui règne sur la toxicité des produits
chimiques apportent de l’eau au moulin de groupes
qui demandent une réglementation plus stricte de
l’industrie. « Ce qu’on ne sait pas, c’est l’avenir,
dit Michel Audet, de l’Association pour les maladies
environnementales, les hypersensibilités et les
allergies du Québec. Ce sont les premières
générations à être massivement exposées à des
produits chimiques dès leur naissance. »
-
- Au Canada, le gouvernement fédéral a lancé
une revue de 26 000 produits chimiques et a dû
ajouter cette année 90 millions au budget annuel de
29 millions de ce programme. Malgré tout, estime M.
Gaudet, le travail ne sera pas fini avant 2025.
« Pendant ce temps, les problèmes de santé chez les
enfants augmentent, comme l’autisme, les troubles
d’attention », dit-il.
-
Email: info@AlerteSante.com
 |